20 ans de la Cave à musique à Mâcon : interview de Didier Goiffon, directeur

Publié le 22 décembre 2011

La cave à musique va souffler en février 2012 ses 20 bougies. Rencontre à cette occasion avec Didier Goiffon, le directeur de la célèbre salle de concert mâconnaise. Entretien exclusif pour sortiramacon.com.

Quel regard portez-vous sur ces 20 dernières années ?

20 ans, c'est long. Je n'ai pas été présent sur le projet de la Cave à musique à Mâcon dès le départ. Henri Didonna a dirigé le lieu jusqu'en 2001. Je suis arrivé en 1996, sur la dimension artistique, la programmation, la responsabilité de la diffusion musicale. Et c'est vrai que depuis mon arrivée, çà défile ! Nous n'avons pas eu trop le temps de nous arrêter. Justement, le fait que ce lieu ait été créé un 29 février, cela permet d'avoir tous les 4 ans un anniversaire pour célébrer l'évènement, faire le point sur les projets que nous avons développés, et surtout ceux que nous pourrions mettre en œuvre à l'avenir.

Comment La Cave à musique se situe en terme de développement par rapport à d'autres salles françaises ?

L'histoire de la Cave à musique à Mâcon est liée à de l'expérimentation. Nous essayons des choses, nous expérimentons, nous développons. De nos jours, les salles qui se créent autour des musiques amplifiées ont dès le départ toutes ces fonctions. Et nous, nous avons mis 20 ans à expérimenter, sur un système d'essais et d'erreurs. Nous avons grandi en expérimentant tandis que maintenant tous les projets qui sont issus des collectivités s'approchent des services de mission de service public. Ce sont les collectivités qui portent çà, et dès le départ elles prennent en compte une multitude de fonctions autour de la diffusion, de l'aide à la création, de l'accompagnement des pratiques, du soutien au secteur associatif, de l'éducation artistique, de l'action culturelle.

Ces 20 ans de la Cave à musique à Mâcon ont été l'occasion d'essayer pas mal de choses et d'arriver à un projet qui est fidèle à ce que l'on peut trouver ailleurs sur les musiques amplifiées.

La cave a-t-elle acquis une légitimité, et notamment en Bourgogne ?

Nous avons eu cette chance d'être dès le départ dans des logiques d'intervention publique. La Cave à musique à Mâcon a été crée en 1992 autour d'un dispositif des "cafés-musique". Nous avons suivi le processus d'intervention du ministère de la culture, nous avons pû au fil du temps et du dispositif obtenir une légitimité, une reconnaissance du projet au travers de ce label.

Désormais le cahier des charges du ministère de la culture a aussi évolué. La reconnaissance s'est aussi portée sur le fait que des personnes se sont engagées, ont développé ce secteur. Et qu'au bout du compte l'espace politique a mis en cohérence ce type de label.

La légitimité était importante pour nous au niveau du public, plus que sur le champ institutionnalisé. Et ce, même si constamment nous avons dû répéter à nos partenaires que c'était quelque chose d'important à défendre, au même titre que la pratique sportive, que les musiques classiques, que le théâtre ou la danse. Nous avons dû batailler pour cette reconnaissance et cette légitimité.

Quels sont les chantiers à entreprendre ?

Il reste à développer la dimension associative. De nombreuses structures se sont développées ces dernières années. Nous devons nous interroger comment l'association Luciol a pû se développer avec ces structures là, tout en coopérant avec ces mêmes structures. Le projet associatif de la Cave à musique à Mâcon c'est aussi des interrogations sur la transformation de Luciol. De nombreuses questions restent en suspens : est-ce simplement une structure associative qui gère un lieu ? Ou est-ce qu'elle a un projet plus large à porter avec d'autres associations dans cette logique de pôle culturel ? Qu'elle est la place de ce pôle d'associations au regard de la construction du cinéma multiplexe, au regard de la salle événementielle, Le SPOT.

Nous devons savoir où est-ce qu'on place ces structures associatives dans la vie culturelle mâconnaise.

Et puis il y a toute une vitalité de bénévoles qui s'engagent pour la Cave à musique à Mâcon, avec des notions de participation active. Nous avons un véritable engagement citoyen au regard du projet qui est porté par Luciol. Nous devons déterminer comment nous organisions cela. Il faut que cela reste dynamique et ambitieux, avec les permanents, les salariés mais aussi avec ce renouvellement permanent de bénévoles. Des bénévoles de milieux sociaux et de générations différentes.

C'est ce que nous souhaitons continuer à faire, une gestion associative très importante à nos yeux. Nous avons constitué une équipe qui est cadrée, professionnelle, mais aussi une équipe de bénévoles à développer. Pour nous, c'est l'essence même de notre projet. Nous sommes ensemble pour construire de la diffusion. Nous sommes tous au même niveau pour porter ce type de projet.

Quels sont les temps forts qui vous ont marqué ces 20 dernières années ?

D'une manière générale il y a toujours des artistes que nous avons découvert à Mâcon comme Zebda, Bénabar, Mathieu Chedid, Miossec...Un certain nombre d'artistes qui viennent ici développent leurs projets et deviennent par la suite des références au niveau national. C'est toujours une fierté, car c'est dans nos fonctions de faire découvrir des artistes et qu'ils trouvent un jour leur public. Sur ces deux décennies de nombreux artistes ont émergé à la Cave à musique à Mâcon, rencontré le succès. Et puis aussi il existe plein de musiciens qui sont proches de nous, comme par exemple Gran Kino, JMPZ...

Nous sommes fiers de voir qu'ils vivent de la musique. Ce sont des moments très importants pour nous. Nous espérons qu'ils continueront à développer des projets artistiques et que nous pourrons les accompagner.

Malgré tout, nous avons l'impression de stagner. Pendant 20 ans, il y a des choses qui ont évolué, comme par exemple les locaux, la salle qui a été rénovée pour accueillir dans de meilleurs conditions les musiciens et les techniciens. 

Mais nous traversons une période où tout cela n'évolue pas trop. On aimerait bien réfléchir avec la ville de Mâcon à des actions pour que ce le lieu bouge. Je crois qu'il demeure important pour ce type de projet qu'on sente qu'il continue à se développer et évoluer.

Comment la Cave à musique va célébrer ses 20 ans d'existence ?

Le concept est un peu innovant. A chaque anniversaire dela Cave à musique à Mâcon nous avons eu des concepts différents. Pour ce vingtième anniversaire nous allons organiser un véritable festival, avec 15 jours de concerts non-stop. Cela va être relativement dense ! Nous allons aussi essayer d'exploiter au mieux tous les espaces autour du 119 rue Boulay. Cela va être intensif du 17 février au 3 mars. Sans oublier la date de Miossec que nous avons intégré dans le cadre des 20 ans. Cela va être un temps fort. J'espère que nous réussirons à surprendre le public pendant ces 15 jours !

Une photo sera également réalisée le 14 janvier 2012, dans le cadre des 20 ans de la Cave à musique...

L'idée est de réunir un maximum de personnes qui gravitent autour de la Cave à musique à Mâcon. C'est notre première phase, rassembler un maximum de passionnés pour remplir la cour de la Cave et réaliser une immense photo pour démarrer cet évènement. Nous allons en profiter pour boire un verre et lancer la dynamique pour la suite. 

Propos recueillis par Hervé Troccaz

> Le site internet de la Cave à musique

Les photos 20 ans de la Cave à musique à Mâcon : interview de Didier Goiffon, directeur